
À Sudbury, la mémoire des luttes pour le français rencontre aujourd’hui de nouveaux parcours, de nouvelles cultures et de nouvelles générations. Le Collectif, 50 ans de fierté : le prochain chapitre a créé un espace où ces expériences pouvaient se raconter, se répondre et imaginer ensemble la suite de l’histoire franco-sudburoise.
Lors de la grande rencontre communautaire du 30 mai 2026, des artistes, des figures du milieu culturel et des membres de la communauté se sont réunis pour écouter des récits, échanger, chanter, bouger et créer. Les arts visuels, la musique, la danse et la vidéo ont offert plusieurs façons d’explorer le rapport à la langue française, la transmission entre les générations et l’évolution de la communauté.
Au cœur du projet se trouve Greffer au Cep, une installation sculpturale, sonore et participative créée par Ange Ngadjeu. Une chanson collective et un documentaire prolongent l’expérience, tandis que les voix, les gestes et les messages des personnes participantes s’intègrent directement à la mémoire du projet.
Avant la rencontre, Ange Ngadjeu a échangé avec Marie-Pierre Proulx, Denise Truax et Danielle Tremblay, trois figures du milieu culturel franco-sudburois ayant connu ou porté les luttes pour le français dans le Nord de l’Ontario depuis les années 1970.
Leurs récits ont nourri les croquis, les choix de couleurs et la réflexion de l’artiste. Pendant l’événement, les échanges et les contributions de la communauté ont ensuite permis à l’installation de prendre sa forme collective.

Ange Ngadjeu travaille à l’une des figures de Greffer au Cep pendant la création de l’installation.
Façonnée en carton, en papier mâché et en laine, cette imposante installation de 230 × 330 × 400 cm représente un arbre anthropomorphe composé de quatre figures reliées à un même tronc. À l’arrière, une figure maternelle assise avec un bébé soutient la structure et évoque les racines et les générations précédentes. À l’avant, deux silhouettes unies déploient leurs bras comme des branches tournées vers le présent, l’avenir et la rencontre avec les autres.
Au fil de la journée, des messages et des partitions inscrits sur des feuilles de papier ont été ajoutés à la sculpture. Des voix et des paroles enregistrées pendant la rencontre s’y sont également greffées, transformant l’œuvre en une trace collective de l’événement.
Selon Ange Ngadjeu, le bleu et l’orange évoquent la rencontre entre des cultures, des continents et des expériences différentes. Le titre Greffer au Cep évoque le lien à une source qui permet de croître et de porter du fruit, une image qu’Ange Ngadjeu associe à son ancrage spirituel, à la création et à la vie d’une communauté en évolution.
Pendant que Greffer au Cep prenait sa forme collective, la musique et la danse ont ouvert d’autres façons de participer à la rencontre.
Éva Irié a guidé la création d’une chanson collective, composée et enregistrée sur place. Les voix réunies gardent la trace de cette journée et du moment où les personnes présentes sont devenues les interprètes d’une même création.
Avec Pierre-André Kayembé, la danse et le mouvement ont permis de prendre part au projet par le corps. Les activités, accessibles à différents niveaux d’expérience et de capacité, invitaient chaque personne à bouger, à observer et à entrer en relation à son rythme.
La chanson et le mouvement ont ainsi fait circuler les récits autrement, dans les voix, les gestes et les interactions entre les personnes présentes.
Ivan Diro a documenté le déroulement de la journée, des premiers témoignages à l’évolution de Greffer au Cep, en passant par la création de la chanson et les activités de mouvement.
Réunies dans un documentaire, ces images montrent comment les récits ont circulé entre les différentes pratiques et comment la communauté a participé à la création. La vidéo conserve également l’atmosphère de la rencontre, les échanges et les gestes qui entouraient l’œuvre.